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Frelon asiatique : la France déploie un nouveau plan national

Présent dans tous les départements métropolitains, le frelon asiatique à pattes jaunes ne peut plus être éradiqué avec les moyens actuels. La France change donc de stratégie avec un nouveau plan national fondé sur la surveillance, le signalement des nids, la protection des ruchers, la recherche et une meilleure coordination territoriale.

Frelon asiatique : la France déploie un nouveau plan national

Frelon asiatique • Plan national de lutte

Frelon asiatique : la France change d’échelle avec un nouveau plan national de lutte

Présent désormais sur l’ensemble du territoire métropolitain, le frelon asiatique à pattes jaunes ne peut plus être éradiqué avec les moyens actuels. La stratégie française évolue donc vers une lutte coordonnée reposant sur la surveillance, le signalement des nids, la recherche, le piégeage sélectif, la protection des ruchers et l’organisation territoriale.

À retenir : le nouveau plan national ne vise plus l’éradication totale du frelon asiatique. L’objectif est désormais de limiter ses impacts en adaptant les moyens de lutte à la pression observée sur chaque territoire.

Une espèce arrivée en France en 2004

Le frelon asiatique à pattes jaunes, ou Vespa velutina nigrithorax, est originaire d’Asie du Sud-Est. Son introduction en France est considérée comme accidentelle et remonte à 2004 dans le Lot-et-Garonne.

Depuis cette première implantation, l’espèce s’est propagée très rapidement en France puis dans une partie importante de l’Europe. Le plan national indique aujourd’hui que sa présence est avérée dans tous les départements métropolitains.

Dans les annexes du plan, l’expansion de son aire de répartition est estimée à environ 70 kilomètres par an. Cette progression est notamment favorisée par son cycle biologique, les ressources alimentaires disponibles, des conditions climatiques favorables et l’absence de prédateurs ou de pathogènes spécialisés suffisamment efficaces pour freiner son expansion.

« Compte tenu de son implantation désormais généralisée, l’éradication du frelon asiatique n’est plus envisageable avec les moyens actuels. »
— Plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes

L’éradication n’est plus considérée comme réaliste

Il s’agit probablement de l’un des enseignements les plus importants du nouveau plan national. Face à l’ampleur de la colonisation, à la capacité de reproduction de l’espèce et aux moyens techniques et financiers disponibles, l’éradication complète n’est désormais plus envisagée.

La France s’oriente donc vers une stratégie de gestion et de limitation des impacts. Cela implique de mieux connaître l’espèce, de suivre son évolution, de détecter les nids, de protéger les populations et les ruchers et d’utiliser des méthodes de lutte adaptées aux situations locales.

Une nouvelle organisation nationale

La loi n°2025-237 adoptée en mars 2025 prévoit la mise en place d’un plan national de lutte, accompagné de déclinaisons départementales afin d’organiser une réponse cohérente sur le territoire.

Les chiffres à retenir

Indicateur Donnée mentionnée dans le plan
Introduction en France 2004, dans le Lot-et-Garonne
Progression estimée Environ 70 km par an
Consommation d’insectes Un peu plus de 11 kg en moyenne par colonie sur la saison de prédation
Abeilles domestiques Environ 38 à 40 % du régime alimentaire moyen selon les passages du document
Capacité d’un nid Plus de 5 000 ouvrières
Nouvelles fondatrices Environ 500 produites en moyenne par colonie
Coût économique potentiel Jusqu’à près de 12 millions d’euros par an pour le renouvellement du cheptel apicole dans certains scénarios défavorables

Plus de 11 kg d’insectes consommés par une colonie

Le frelon asiatique est un prédateur généraliste et opportuniste. Il chasse principalement les espèces présentes en abondance autour de son nid.

Le plan national estime qu’une colonie consomme en moyenne un peu plus de 11 kg d’insectes au cours de sa saison de prédation. Les données citées dans l’introduction du document évoquent notamment environ :

  • 38 % d’abeilles domestiques ;
  • 30 % de mouches ;
  • 20 % de guêpes.

Le régime alimentaire varie cependant selon le milieu. Les colonies situées dans des zones urbanisées peuvent exercer une pression plus importante sur les abeilles domestiques, tandis que celles installées dans des milieux forestiers peuvent davantage capturer d’autres guêpes sociales.

Les analyses citées dans le plan ont permis d’identifier environ 1 450 espèces différentes parmi les proies retrouvées dans l’alimentation des larves.

Un nid peut dépasser 5 000 ouvrières

Le cycle biologique de Vespa velutina joue un rôle majeur dans sa capacité d’expansion. Il est organisé autour de plusieurs grandes périodes : l’hivernation des fondatrices, la fondation des premiers nids, la croissance des colonies puis la reproduction.

Au printemps, une fondatrice sort de son hivernation et commence à construire un nid primaire. Elle élève seule les premières ouvrières.

À mesure que la colonie se développe, les ouvrières prennent en charge l’entretien du nid et l’alimentation du couvain. Le plan indique que dans environ 70 % des cas, la colonie migre ensuite vers un nid secondaire, fréquemment installé en hauteur.

Un développement spectaculaire

Un nid peut accueillir plus de 5 000 ouvrières. Lors de la phase de reproduction, une colonie peut produire en moyenne environ 500 nouvelles fondatrices.

Une pression importante sur les abeilles et les ruchers

L’abeille domestique constitue une part importante du régime alimentaire du frelon asiatique. À partir de l’été, les frelons peuvent rester en vol stationnaire devant les ruches afin de capturer les ouvrières qui sortent ou reviennent de butinage.

Mais la prédation directe n’est qu’une partie du problème. La présence répétée des frelons devant une ruche provoque également un stress important pour la colonie.

Les abeilles réduisent leurs sorties, ce qui peut affecter la collecte de nourriture et la constitution des réserves nécessaires pour passer l’hiver.

Selon le plan national, dans les situations où la pression est particulièrement forte, le risque de mortalité peut atteindre 30 à 50 % du cheptel apicole d’une exploitation.

Le document indique également que le frelon asiatique contribuerait à environ 20 % de la mortalité des abeilles domestiques, avec une forte variabilité selon les territoires et les situations locales.

Jusqu’à 12 millions d’euros par an

Dans les scénarios les plus défavorables cités par le plan, le coût du renouvellement du cheptel pourrait atteindre près de 12 millions d’euros par an à l’échelle nationale, sans compter les autres préjudices indirects.

Le frelon asiatique affecte aussi l’arboriculture et la viticulture

Les conséquences du frelon asiatique ne concernent pas uniquement l’apiculture. Le document fait également état de dégâts dans certaines productions agricoles, notamment en arboriculture et en viticulture.

À la recherche de ressources sucrées, les frelons adultes peuvent s’attaquer aux fruits mûrs. Des dommages sont notamment observés sur les raisins, pommes et poires.

Dans les vignobles, les blessures provoquées sur les raisins peuvent participer à la dégradation de la qualité des récoltes et compliquer certaines opérations de vendange.

Quel risque pour la population ?

La proximité d’un nid avec une habitation, un établissement recevant du public, un espace de loisirs ou une zone de travail peut constituer un enjeu de sécurité.

Le plan national rappelle qu’en France, plusieurs milliers d’interventions de secours sont liées chaque année aux piqûres d’hyménoptères.

Il estime également entre 10 et 20 le nombre de décès annuels liés aux piqûres d’hyménoptères toutes espèces confondues, principalement à la suite de réactions allergiques graves ou, plus rarement, d’envenimations massives.

Le document précise que la piqûre du frelon asiatique n’est pas présentée comme plus dangereuse que celle des autres hyménoptères sociaux. En revanche, le risque augmente en cas de piqûres multiples, de réaction allergique ou de proximité immédiate avec un nid.

Important

Un nid ne doit pas être approché ou détruit sans précaution. Les interventions inadaptées peuvent exposer les riverains et les opérateurs à un risque accru de piqûres et peuvent également entraîner une dispersion inutile de produits dans l’environnement.

Trois grands axes et huit actions nationales

Le plan national repose sur trois axes complémentaires regroupant huit grandes actions.

Axe Actions principales
Axe 1
Recherche et communication
Acquisition de connaissances sur les impacts du frelon, recherche sur les moyens de lutte et communication auprès du grand public.
Axe 2
Organisation de la lutte
Classification des départements selon la pression, adaptation des mesures de gestion et organisation des financements.
Axe 3
Gouvernance
Pilotage national et déclinaison du dispositif en plans départementaux.

Les départements seront classés selon quatre niveaux de pression

Le nombre de nids détectés va également jouer un rôle important dans l’organisation de la lutte. Le plan prévoit une classification des départements selon un gradient comportant quatre niveaux.

Niveau Pression
1 Densité nulle ou très faible
2 Densité faible
3 Densité moyenne
4 Densité forte

Chaque niveau doit être défini notamment au regard du nombre de nids détectés par département. Cette classification permettra ensuite d’adapter les stratégies de gestion à la situation réelle de chaque territoire.

Les données de signalement deviennent stratégiques

Le plan constate que les signalements sont actuellement enregistrés sur différentes plateformes, par des apiculteurs, des gestionnaires d’espaces naturels et le grand public.

Il prévoit que ces données puissent être centralisées afin d’évaluer la pression de prédation et de permettre la classification des départements.

La plateforme centralisatrice retenue dans le document est celle de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN).

Le signalement citoyen devient un véritable outil de surveillance

Chaque observation correctement renseignée peut participer à une meilleure connaissance de la pression exercée par le frelon asiatique et contribuer à orienter les actions locales.

Le grand public encouragé à signaler les nids

Le rôle des citoyens est explicitement mentionné dans le volet consacré à la communication. L’objectif est de rendre les connaissances scientifiques accessibles, de faire connaître les bonnes pratiques et d’orienter les habitants vers les dispositifs appropriés.

« Inciter le grand public à observer et signaler les nids de frelon asiatique, sur une plate-forme dédiée à cet effet. »
— Action n°3 du Plan national

Cette orientation renforce l’importance des outils numériques capables de recueillir des observations, de géolocaliser les signalements, d’éviter les doublons et de transmettre rapidement les informations utiles aux acteurs concernés.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit SignalNids : permettre au grand public de signaler les nids et observations, structurer les informations provenant du terrain et contribuer à améliorer la connaissance de la présence du frelon asiatique sur les territoires.

Tous les pièges ne sont pas recommandés

Le plan insiste fortement sur la nécessité d’utiliser des techniques de piégeage les plus sélectives possible.

Les dispositifs doivent permettre de retenir les frelons tout en laissant s’échapper un maximum d’espèces non ciblées.

Pièges à éviter

Le document recommande d’éviter les pièges de type bouteille, cloche ou bocal, leur sélectivité étant jugée insuffisante et leur impact sur le reste de l’entomofaune trop important.

Le plan privilégie notamment certains pièges de type nasse à sélection physique, équipés de systèmes permettant aux espèces non ciblées de s’échapper.

Le piégeage de printemps doit être ciblé

L’objectif du piégeage printanier est principalement de réduire l’implantation de nouveaux nids à proximité des zones où une forte pression a déjà été observée.

Le plan recommande une période de piégeage limitée, autour du pic d’activité printanier, et adaptée aux conditions climatiques locales.

Il indique notamment que le démarrage peut intervenir après les dernières gelées lorsque les températures dépassent environ 12 °C.

Les recommandations diffèrent également selon la pression observée sur la zone. Dans les secteurs fortement touchés, le nombre de pièges peut être adapté au nombre de nids observés lors de la saison précédente.

La destruction des nids doit être raisonnée

Le plan rappelle également qu’une destruction systématique à n’importe quelle période de l’année n’est pas nécessairement pertinente.

Les nids représentant un danger pour la population doivent être traités en priorité. Les recommandations prévoient également de privilégier l’intervention d’un désinsectiseur ou d’un intervenant formé.

Pour les petits nids primaires accessibles, le plan évoque notamment la destruction mécanique lorsque les conditions permettent une intervention sécurisée.

Pour les nids secondaires, différentes techniques professionnelles peuvent être employées, mais le document insiste sur la nécessité de réduire autant que possible la dispersion de produits biocides dans l’environnement.

Une stratégie différente selon la pression du territoire

Une autre évolution importante du plan réside dans l’abandon d’une logique uniforme. Les mêmes actions ne seront pas nécessairement appliquées avec la même intensité partout.

  • Zone à densité nulle ou très faible : favoriser la détection et la destruction des nids.
  • Zone à densité faible : associer destruction des nids et protection des colonies d’abeilles.
  • Zone à densité moyenne : favoriser notamment le piégeage de printemps et les outils réduisant le stress des ruches.
  • Zone à densité forte : concentrer davantage la destruction sur les nids présentant un danger pour le public ou situés à proximité des ruchers, tout en renforçant les dispositifs de protection.

Des plans départementaux pilotés par les préfets

La stratégie nationale doit être déclinée territorialement. Chaque département devra disposer d’un plan adapté à la pression locale du frelon asiatique.

Le plan départemental doit être élaboré sous l’autorité du préfet, en concertation avec les collectivités, les organismes à vocation sanitaire, les acteurs socio-économiques concernés, les associations de protection de l’environnement, l’Office français de la biodiversité et les usagers de la nature.

Ces plans devront notamment organiser :

  • l’évaluation du niveau de danger pour la santé publique ;
  • l’évaluation des dégâts sur les ruchers ;
  • les procédures de signalement ;
  • les procédures de destruction ;
  • le suivi annuel des actions engagées.

Les communes et les maires occupent également une place dans le dispositif, le texte prévoyant notamment que certains signalements puissent être établis par l’intermédiaire du maire ou d’un membre du conseil municipal désigné.

La recherche reste indispensable

Malgré plus de vingt années de présence en France, plusieurs questions restent encore ouvertes. Le plan prévoit donc de poursuivre les recherches sur les effets du frelon asiatique, mais également sur les conséquences environnementales des méthodes utilisées pour lutter contre lui.

Le document indique notamment qu’à ce jour, aucune solution de piégeage ne démontre à la fois une efficacité complète contre le frelon asiatique et une sélectivité totale vis-à-vis des autres insectes.

Les travaux futurs doivent donc porter sur des méthodes de détection plus efficaces, l’amélioration des pièges, la protection des ruchers, la destruction des nids et la comparaison objective des différentes techniques employées.

Une nouvelle étape dans la lutte contre le frelon asiatique

Plus de vingt ans après son introduction en France, le frelon asiatique est désormais installé durablement sur le territoire.

La stratégie évolue donc : il ne s’agit plus de vouloir éliminer totalement l’espèce, mais de réduire ses impacts sur l’apiculture, les activités humaines, la sécurité publique et les écosystèmes.

Pour atteindre cet objectif, le plan mise sur une combinaison d’actions : recherche scientifique, surveillance, signalement citoyen, remontée des données, piégeage sélectif, protection des ruchers, destruction ciblée des nids et coordination des acteurs locaux.

Signaler pour mieux connaître et mieux agir

La détection et le signalement des nids constituent désormais un élément essentiel du suivi territorial. Plus les informations provenant du terrain sont précises et structurées, plus elles peuvent contribuer à améliorer la connaissance de la pression exercée par le frelon asiatique et à orienter les actions de lutte.

Source : Plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes, Gouvernement français, septembre 2026. Article de synthèse réalisé à partir des données, recommandations et orientations présentées dans le document.

SN
La rédaction

Rédaction SignalNids

Le Journal SignalNids publie des contenus de prévention, d’information locale et de suivi terrain autour du frelon asiatique.

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